STMicroelectronics : tensions avec l’État italien et crise du secteur des semi-conducteurs

Par Maxime le 18 mars 2025 à 11h56

Un climat de tension entre STMicroelectronics et l’État italien

STMicroelectronics, détenu à parts égales par la France et l’Italie via Bpifrance et le ministère italien de l’Économie (chacun possédant 14 % du capital), traverse une période difficile. En 2024, le groupe a enregistré une baisse de 23 % de son chiffre d’affaires, ce qui suscite des inquiétudes, notamment du côté italien. Le gouvernement italien, mécontent de la gestion du PDG Jean-Marc Chéry, envisage d’utiliser son droit de veto lors d’un prochain conseil d’administration pour influencer les décisions stratégiques. Il reproche notamment à la direction de favoriser la France dans ses choix industriels et financiers, une accusation que STMicroelectronics réfute.

Des résultats en forte baisse et une restructuration en préparation

La crise des semi-conducteurs, accentuée par un ralentissement de la demande automobile et une accumulation de stocks chez les clients, a durement touché l’entreprise. En réponse à cette situation, STMicroelectronics prépare un plan de réduction d’effectifs allant de 2 000 à 3 000 postes en France et en Italie, soit environ 6 % de son personnel. Ce plan inclurait principalement des départs en retraite anticipée et des non-remplacements, sans fermeture de sites. Toutefois, la transition technologique vers des wafers de silicium de 300 mm pourrait entraîner des réaffectations de personnel, notamment sur des sites comme celui de Crolles, en Isère.

Une pression politique et financière croissante

Le gouvernement italien conditionne le versement de 2 milliards d’euros de subventions pour la construction d’une usine à Catane, en Sicile, au maintien des effectifs, conformément aux objectifs du Chips Act européen. De son côté, le ministre français de l’Économie, Éric Lombard, ainsi que le patron de Bpifrance, Nicolas Dufourcq, soutiennent la direction actuelle et rejettent les accusations de favoritisme envers la France. Par ailleurs, des actionnaires américains ont intenté une action en justice contre l’entreprise en 2024, l’accusant d’avoir surestimé ses perspectives de croissance, ce qui a aggravé la chute du cours de son action, en recul de 45 % sur un an.

Un avenir incertain pour STMicroelectronics

L’entreprise fait face à un double défi : redresser sa situation financière et répondre aux exigences des gouvernements actionnaires. Sa stratégie de restructuration devra s’adapter à un marché des semi-conducteurs en mutation, tout en évitant d’aggraver les tensions politiques entre la France et l’Italie. La prochaine assemblée des actionnaires, prévue en mai 2025, sera un moment clé pour l’avenir de STMicroelectronics et de sa gouvernance.